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LAD alimentaire : le modèle data-driven de Picnic s’étend en France

, par Charlotte Cousin

À rebours des modèles fragmentés de l’e-commerce alimentaire, le spécialiste de la livraison de courses en ligne gratuite a fait le pari d’une intégration totale de sa e-logistique. Slotting ajusté quotidiennement, tournées planifiées à la seconde, créneaux maîtrisés... Picnic optimise le moindre détail opérationnel grâce à des logiciels maison. Reportage.

Lancée aux Pays-Bas en 2015, puis en Allemagne en 2018, avant d’arriver en France en 2021 dans les Hauts-de-France, l’entreprise de courses investit ensuite l’Ile-de-France en 2023 à partir de son fulfillment center (FC) de Moissy-Cramayel (77). Sur ce site de 20 000 m2 ouvert il y a trois ans, 350 collaborateurs, dont 95 % en CDI, préparent jusqu’à 4500 commandes par jour, avec une capacité de 6000. «  Une petite journée s’établit à 2000 commandes  » explique Marie Dubois, responsable du site. Non mécanisé (contrairement à son entrepôt d’Utrecht aux Pays-Bas), ce centre de préparation de commandes s’organise autour 12 allées de mise en rayon fonctionnant en FEFO (first expired first out, soit une logique de date d’expiration des articles ou des lots plutôt que de date de réception) sur les zones ambiant et frais, et à partir de congélateurs coffres avec couvercle vitré sur la zone surgelés.

Slotting ajusté en continu

Dès 4 heures du matin arrivent les produits ultrafrais. Le gros de la préparation s’étale ensuite jusqu’en début d’après-midi (13h45), avant une dernière vague jusqu’à 21h30. Un ballet d’une douzaine de camions vient chaque jour livrer le FC où le frais représente 40 % des volumes et le surgelé environ 10 %. Chaque commande y est préparée selon un principe simple : un bac par client (hors surgelé, mutualisé), pour une moyenne de 3,5 bacs par commande. Une logique qui facilite la traçabilité et réduit la complexité opérationnelle, permettant une optimisation continue des tournées, maître-mot chez Picnic, de l’entrepôt jusqu’au client final : « Nous ajustons le slotting quotidiennement au sein de notre FC », souligne Marie Dubois.

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350 collaborateurs préparent jusqu’à 4500 commandes par jour sur le site de Moissy-Cramayel.

Le réseau s’appuie sur 17 hubs, opérant des tournées locales sur un rayon de 15 km, pour une durée d’environ 2h30, avec une moyenne d’une douzaine de clients. Un modèle qui privilégie la régularité et la ponctualité à la vitesse pure : « Nous avons à cœur de livrer gratuitement, à l’heure, avec le sourire. Rien de pire que d’arriver en avance quand le client est en réunion  » souligne Grégoire Borgoltz, directeur des opérations de Picnic France. Après avoir choisi un créneau d’une heure au moment de réaliser ses courses en ligne, le client est prévenu à 7h du matin de la fenêtre de 20 min pendant laquelle s’opérera sa livraison.

Fenêtre de livraison de 20 minutes

Un Delivery Management System (DMS) maison est le chef d’orchestre de l’ensemble du dernier kilomètre. Chaque tournée, assurée par la flotte de voiturettes électriques G4 et G6 de Picnic, est planifiée à partir de données extrêmement fines — trafic, météo, typologie de commande ou temps passé chez le client. « On planifie à la seconde, pas à la minute », explique Grégoire Borgoltz. Le destinataire est ainsi prévenu une heure avant pour une livraison dans une fenêtre de 20 minutes. Contrairement à la plupart des acteurs du marché, Picnic ne laisse pas à ce dernier une liberté totale dans le choix de son créneau afin de structurer la demande et d’optimiser la densité des tournées. «  Nous proposons plusieurs créneaux quotidiens en fonction des tournées prévues. Pour le client ça ne change rien. De notre côté, cela nous permet d’optimiser nos tournées en ne passant dans chaque quartier que quelques fois par jour ».

Remontées de terrain

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Une application mobile maison guide les livreurs à chaque étape : chargement, navigation, séquence de livraison, poids à livrer, position des caisses, accès au client...

Le système, combinant algorithmes de machine learning et données terrain, qui se matérialise dans l’application mobile utilisée par les livreurs, pilote chaque étape : chargement, navigation, séquence de livraison. L’outil fournit également des informations opérationnelles clés : poids à livrer, position des caisses, accès au client. Pour les livreurs, l’expérience est fluide. « L’outil est excellent, j’ai déjà eu affaire à d’autres applications de livraison, ici tout est très bien indiqué », témoigne Vitor Almeida Silva, intégré comme Runner quelques semaines auparavant. « Nous avons exactement les mêmes outils dans les trois pays, explique Grégoire Borgoltz. Les différences tiennent surtout aux contextes locaux - trafic, typologie des commandes ou contraintes urbaines -, mais l’infrastructure tech et l’UX sont identiques. ». Cette standardisation s’appuie sur un travail d’ajustement permanent, le système intégrant des informations très concrètes, saisies par les clients ou enrichies par les équipes : interphone lent, difficulté de stationnement, présence d’un ascenseur ou situations particulières (« Cette personne est handicapée, l’aider à porter les sacs  », etc.).

Le DMS est encore amené à évoluer vers davantage d’intégration, certains outils externes subsistant aujourd’hui dans l’organisation quotidienne – « Nous recevons encore notre planning sur l’application Slack », précise Vitor Almeida Silva. Avec l’ambition de centraliser l’ensemble des flux opérationnels directement dans l’écosystème Picnic, l’entreprise vise une orchestration encore plus fluide, sans dépendance à des outils tiers, pour une optimisation renforcée : « Avec environ 3 millions de livraisons par mois au niveau mondial, ces simples ajustements opérationnels, de l’ordre de quelques secondes par livraison, peuvent générer des gains financiers très significatifs, jusqu’à plusieurs centaines de milliers d’euros par semaine  », souligne Grégoire Borgoltz.

Ouverture prochaine à Lyon

En France, si le modèle n’a pas encore atteint la rentabilité comme aux Pays-Bas, Picnic affiche une forte dynamique, avec l’ouverture de deux hubs l’an dernier (pour un total de 17) et, l’ouverture prochaine d’un nouveau centre de préparation de commandes à Lyon ainsi que la recherche active d’un deuxième FC pour couvrir le nord de l’Ile-de-France. Le modèle, exclusivement BtoC, cible les courses hebdomadaires des familles, avec un panier moyen élevé à 90 euros et un minimum de commande à 40 euros : « Nous prévoyons autour de 40 % de croissance organique en 2026 », précise Grégoire Borgoltz, directeur des opérations de Picnic France.

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