Accueil / Transport /

Import de Chine : le prix des conteneurs multiplié par 4

, par Stratégies Logistique

Dans le transport maritime, le prix des conteneurs entre la Chine et l’Europe a quadruplé ces derniers mois. Une hausse qui fragilise les échanges et qui pénalise les chargeurs. Une légère éclaircie serait en vue.

Le SCFI (Shanghai Containerized Freight Index), mesurant le niveau des frais de transport maritime, a augmenté à 2 861 vendredi dernier soit une très forte hausse par rapport au 1 023 en janvier de l’année dernière. Ce qui signifie que la demande pour le fret maritime continue de se maintenir à un niveau élevé, sur fond de pandémie de Covid-19 et de perspective de nouveaux variants.

La traduction dans les prix du marché ? Des conteneurs de 20 pieds sont annoncés à 4400 dollars pour relier la Chine à l’Europe, alors qu’ils se monnayaient à 1000 euros en juillet dernier. « Un conteneur de 40 pieds que j’acheminais jusqu’en France à 2 200 dollars, est aujourd’hui à plus de 10 000 dollars », confiait début janvier un importateur textile nordiste dans La Voix du Nord. Sachant que le transport devient difficilement rentable au-delà de 2000 dollars l’EVP (Equivalent Vingt Pieds).

Retards en cascade

« La pandémie de Covid a perturbé un système où la régularité paie », explique Michel Philippart, professeur en supply-chain à l’EDHEC, interrogé par La Voix du Nord. « La Covid-19 a créé des retards au niveau des ports (manque de personnel, procédures plus longues pour éviter l’importation de contaminations). Comme un des principaux éléments du coût est le capital immobilisé, si le temps d’immobilisation des conteneurs augmente, automatiquement le coût augmente ».

Problème de disponibilités

Les raisons de cette flambée sont multiples : le nombre de conteneurs en circulation a diminué suite à la pandémie en Chine ; la demande mondiale a augmenté brutalement au 2e trimestre 2020 ; beaucoup de conteneurs restent bloqués, soit outre-Atlantique, soit en Australie, soit ailleurs dans le monde comme à La Réunion, rapporte L’Usine Nouvelle. La question de la préférence des compagnies maritimes pour les routes entre la Chine et les États-Unis, plus rémunératrices que vers l’Europe, se pose également.

Le monde du transport maritime est ainsi confronté à un problème de disponibilité des boîtes tandis que le début d’année a vu ses capacités réduites mécaniquement de 30%, avec près de 500 escales annulées sur l’axe est-ouest en 2020. « La hausse des prix du transport de conteneurs entre la Chine et l’Europe touche la plupart des secteurs industriels, aussi bien pour l’import que pour l’export, regrette Jean Michel Garcia, délégué transports internationaux à l’Association des utilisateurs de transport de fret (AUTF), toujours dans les colonnes de L’Usine Nouvelle. Certaines compagnies maritimes ne répondent plus, les délais d’attente sont en forte hausse. C’est extrêmement pénalisant. »

Surcoûts énormes

L’AUTF a sondé plusieurs secteurs industriels. Désormais, les réservations de transport doivent s’effectuer 50 jours à l’avance, contre 10 jours précédemment. Les chargeurs dénoncent aussi le surbooking, qui engendre des annulations. Certaines entreprises doivent recourir au train ou à l’avion. Les surcoûts peuvent atteindre trois millions d’euros pour certaines d’entre elles. Les retards de livraisons pénalisent toute la supply-chain, de la production à l’approvisionnement des commerces.

Selon une enquête menée par France Chimie, 83 % des entreprises interrogées estiment que ces hausses menacent les exportations (à 78 % les importations), qu’elles pourraient même faire perdre des marchés (61%), en plus d’avoir un impact sur les capacités de production (50%).

Réactions des chargeurs

L’AUTF a d’ailleurs rejoint l’appel du European Shippers Council (Conseil européen des chargeurs), qui interpelle la Commission européenne « sur la nécessité de mieux encadrer et réguler le marché du transport maritime de conteneurs et de mener, en 2021, une investigation sur les agissements des acteurs concernés », indique l’association dans un communiqué. Les trois alliances maritimes (CMA-CGM, Maersk et MSC) sont évidemment en ligne de mire. Associée au CLECAT, association rassemblant notamment les commissionnaires de transport européens, l’ESC a obtenu que l’Europe envisage de reprendre des discussions avec les autorités de la concurrence américaines et chinoises.

Dans la durée ?

Ce phénomène va-t-il durer ? Pour le professeur de l’EDHEC Michel Philippart, « l’augmentation du fret apparaît à tous les acteurs comme un épiphénomène, une surréaction. Donc cela devrait retomber un peu », juste après le Nouvel an chinois le 12 février. Une prévision qui rejoint celle Jean de Laverné, responsable approvisionnement de OVRSEA, qui lors d’un webinaire a estimé « probable que l’on assiste à un dégonflement progressif de la bulle tarifaire du maritime après la période de congés en Chine ». La capacité opérée au mois de février entre l’Asie et l’Europe devrait être « supérieure de 30% environ à celle de février 2020 car les compagnies ont prévu très peu de blank sailing contrairement aux années précédentes. Il s’agit d’évacuer au maximum les containers pendant la période du Nouvel An chinois ».
Parallèlement, les compagnies maritimes ont mis en placeune augmentation de leurs capacités, à commencer par la CMA-CGM qui a mis en place + 10% sur l’Asie-Europe.

Le magazine et les hors-séries

Stratégies Logistique 186 - décembre 2020 / janvier 2021

Stratégies Logistique n°186 est paru.

Supplément SIMI 2019

Téléchargez ce supplément consacré à l’immobilier logistique et au salon SIMI, qui s’est tenu à Paris du 11 au 13 décembre 2019.

Cliquez ici pour télécharger ce hors-série.

Hors-série n° 18 - Retail Chain

Téléchargez ce hors-série consacré à l’événement Retail Chain, qui s’est tenu à Paris le 10 avril 2019.

Cliquez ici pour télécharger ce hors-série.